8. mai, 2020

Cyber, Bibliographie 2018

Cyber. La guerre permanente, Jean-Louis Gergorin, Léo Isaac-Dognin, 2018

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https://www.editionsducerf.fr/librairie/livre/18574/cyber-la-guerre-permanente


Extrait p. 48 : 

« L’initiative 21st Century Statecraft qui avait été annoncé en trombe par Hillary Clinton lors de son arrivée au Département d’État début 2009 prend alors tout son sens. Ce programme, dont le nom ambigu se traduit à la fois par « l’art de la gouvernance » et « la fabrication de l’État » au XXIe siècle, visait à utiliser les nouvelles technologies pour créer un lien direct entre l’État américain et la population de pays étrangers afin de promouvoir la politique étrangère des États-Unis sans avoir à passer par le gouvernement local. L’initiative affichait également comme objectif de faciliter l’utilisation de ces technologies pour favoriser la liberté d’expression et accélérer l’émergence de régimes démocratiques. L’approche « disruptive », dirait-on aujourd’hui.

Alors que les mouvements contestataires s’étendent au Proche et Moyen-Orient, la presse britannique révèle que le Pentagone américain a passé un marché avec NTrepid, une firme technologique californienne, pour développer « un service de gestion de personnalités virtuelles en ligne » permettant à des soldats de l’armée américaine de contrôler jusqu’à dix fausses identités numériques. Le contrat stipule que chaque faux alias numérique doit avoir un profil et des antécédents crédibles, et que l’outil doit permettre à 50 militaires d’opérer de fausses identités « sans crainte d’être repérés ou identifiées par des adversaires même sophistiqués ». L’armée américaine envisage d’utiliser l’outil pour inonder les forums et réseaux de messages en arabe, farsi, pachto et ourdou légitimant la présence et la politique étrangère des États-Unis au Moyen-Orient. L’opération militaire à laquelle l’outil est destiné, baptisé Operation Earnest Voice (« Opération parole sincère » !), et dont le budget dépasse les 200 millions de dollars, est immédiatement comparée aux tentatives chinoises de contrôle de l’opinion publique.

Pour les dirigeants russes, il n’y a plus aucun doute : le gouvernement américain instrumentalise la vague de printemps arabes en promouvant et facilitant l’utilisation des moyens numériques, avec l’appui technique et idéologique des entreprises de la Silicon Valley. Pire, il n’hésiterait pas à utiliser ces technologies pour fausser l’opinion publique et inciter les citoyens de pays étrangers à suivre la ligne politique favorisée par les États-Unis. Dans un entretien donné à Wall Street Journal en février 2011, Igor Sechin, loyal second de Vladimir Poutine, fustige « les cadres de Google » qu’il accuse d’avoir « manipulé l’énergie du peuple » en Égypte. Ses attaques visent notamment Wael Ghonim, à l’époque directeur général de Google en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, qui avait joué un rôle prépondérant dans la coordination des mobilisations citoyennes via les réseaux sociaux (…).

Au même moment, les analystes russes perçoivent, comme beaucoup d’autres, le risque que l’instabilité et le vide de pouvoir profitent d’avantages aux forces extrémistes, notamment aux groupes islamistes radicaux, qu’à l’établissement d’une réelle démocratie. Fin février 2011, le Président russe alerte sur les conséquences de la « désintégration de grands états fortement peuplés » au Moyen-Orient qui, selon lui, pourraient « entrainer l’ascension de fanatiques au pouvoir », engendrant alors « des décennies de lutte incendiaire et une expansion de l’extrémisme ». Il tient ces déclarations pendant son déplacement à Vladikavkaz dans la région du Caucase, elle-même en proie à la violence d’islamistes radicaux depuis la chute de l’URSS. Le choix du lieu n’est pas anodin. La Russie s’estime, à juste titre, considérablement plus vulnérable que les États-Unis et que les pays européens aux retombées d’une déstabilisation du Moyen-Orient, et particulièrement à l’émergence d’une menace islamique ».